Pépinière

Le Palc a mis en place un principe de « pépinière » afin d’accompagner de jeunes artistes, avec une attention particulière donné aux élèves sortants du CNAC. Ce soutien prend la forme d’un engagement, dans le cadre de productions déléguées, en proposant, outre un apport financier et technique, une mise à disposition de l’outil de production du Palc. Ce projet de pépinière répond à la volonté de soutenir le cheminement des artistes, d’œuvrer à la structuration de la profession et de participer à l’implantation de compagnies sur le territoire régional.

C’est dans cette logique que Le Palc pense le dispositif PAILLASSE : imaginer un endroit de travail capable d’accueillir les expérimentations d’artistes ou collectifs émergents dans des objectifs de professionnalisation, structuration et responsabilisation. Littéralement, ce plan de travail prend la forme d’un engagement dans le cadre de productions déléguées et combine des logiques de transmission, des activités de conseil, de mise en réseau et de partage d’expériences. PAILLAISSE comprend une valence territoriale, en ce sens les équipes impliquées auront une présence régulière dans l’agglomération Châlonnaise et dans le Grand Est.

 La Générale Posthume 2020-2021

La Générale Posthume - L’hiver rude © Francis Rodor

Gwenn Buzckowski et Bambou Monnet se rencontrent en 2012 à l’École de cirque de Lyon autour de leur spécialité commune : le trapèze fixe. Gwenn poursuit sa formation à Amiens puis à Châlons-en-Champagne en intégrant la 30e promotion du CNAC. Tandis que Bambou intègre la 3ee année du Lido et se forme au CNAC à la magie nouvelle. Elles se retrouvent en 2018 et décident de partir sur un projet commun : L’Hiver Rude. Elles s’entourent d’une équipe technique, de regards extérieurs et du Palc pour la gestion administrative de ce projet.
La Compagnie La Générale Posthume est née.

lageneraleposthume.com

  Interview 2020

La Générale Posthume c’est quoi ?
La Générale Posthume c’est un régiment sans chef ni cheval qui combat à mains nues dans une arène publique populaire ; une compagnie sans uniforme fixe mais avec des costumes d’apparat (beaucoup de costumes). C’est d’abord l’union non sacrée de Gwenn et Bambou, à laquelle vient s’ajouter une équipe fantastique, composée de deux articiennes (NDLR : en français dans le texte ; n.f : mélange parfait d’artiste et de technicienne), d’un régisseur, d’une costumière, d’une diffuseuse, d’une ouïe et six regards extérieurs/complices de la création.
Les généraux sont morts, vive la générale ! À titre posthume, La Générale Posthume.

Vous travaillez sur votre première création L’Hiver rude. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
Le projet est en gestation depuis juin 2018 ; il démarre « à la table » (c’est du jargon), autour de références espectaculo-littéraires, musico-théâtrales, anarcho-politico-idéolo-philosophiques (entre autres…). On a d’abord écrit un manifeste avant de mettre nos pieds sur le plateau, histoire de se rassurer un peu ; de se libérer, beaucoup.
Sur scène, on savait une chose : on voulait rire de ce qui grince, oser, gêner, trembler, pleurer et transpirer (entre autres...). Et à force de jeux, de sueur et de sang, trois axes majeurs se sont révélés : les femmes, le cirque, la militarité (entre autres...).
L’Hiver rude c’est surtout nous en vrai, sans masque (NDLR : L’Hiver rude était, est et restera totalement asymptomatique vis-à-vis d’une quelconque pandémie).

Pouvez-vous nous parler de votre approche du cirque avec les autres arts dans votre travail ?
La Générale Posthume, compagnie de cirque indigne. Indigne, n.m. : qui ne mérite pas, qui n’est pas à la hauteur. C’est drôle de jouer de ce qu’on est ; de ses propres forces et faiblesses. Nous ne ferons jamais un triple salto, ni même un salto tout court sur scène. Mais ce n’est pas grave. Alors dans L’Hiver rude il n’y a pas que du cirque : on chante, on joue de la musique, on saute, on bouge, on crie, on parle beaucoup, on joue.

À défaut d’être virtuoses/excellentes dans une chose, nous serons médiocres (au sens « moyen » du terme) dans plusieurs, voire beaucoup de domaines ; et on peut vous dire que vous en aurez pour votre argent (ouais, les chefs ils ont dit qu’on n’a pas le droit d’inviter tout le monde gratos pour nous voir vivantes faire du spectacle… il paraît que sinon ça tue l’économie et qu’après ils ne s’y retrouvent plus… enfin nous on jouera le spectacle de toute façon… « parce que c’est ce qu’on sait faire de mieux et qu’on ne sait rien faire d’autre… » Fragan. On a piqué cette phrase à un artiste qu’on aime bien… et on assume... ça lui fera peut-être de la pub… gratos...).

Le mot de la fin qui nous va si bien (bon c’est encore un truc qu’on a emprunté à d’autres, mais c’est parce qu’on est complètement d’accord) : « Si tu ne sais pas le faire bien, fais-le drôle. Si tu ne sais pas le faire drôle, fais-le vite. » Compagnie Acrobat.

 Vous revoir 2021-2022

Vous revoir © Vincent Muteau

C’est l’été 2019, elles sont cinq, Noémi Devaux, Aurora Dini, Gentiane Garin, Carla Margarita Manrique Mendoza et Gal Zdafee, quasi-inconnues les unes aux autres, venues des quatre coins de monde avec une volonté commune évidente avant même de se rencontrer :
1 - Défendre leurs façons d’habiter leurs corps et leurs cerceaux en créant une façon de faire et d’être ensemble.
2 - Donner de la force – entre elles et à celles et ceux qui les verront.
Le collectif Vous revoir est né.
Very Soft Ware (titre provisoire) sera sa première création prévue en 2022.
Le collectif intègre le dispositif Paillasse du Palc en production déléguée pour deux ans.

  Interview 2020

Vous revoir c’est quoi ?
À l’origine, il y a la nécessité de défendre le cerceau à notre manière, c’est-à-dire de le dé-sexualiser, de l’aborder avec force, humour, fracas, prouesse et aussi douceur. De se fabriquer les modèles que nous n’avons pas eu et d’inviter le monde à casser avec nous l’image du cerceau à l’heure actuelle.
Nous sommes toutes les cinq sortantes d’écoles de cirque différentes et nous souhaitons confronter nos expériences avec cet agrès rond qui nous entoure et nous a accompagnées pendant nos études.
En août 2019, Noémi, Carla et Aurora se retrouvent au CNAC pour un laboratoire. Fin 2019, Gal et Gentiane rentrent dans la ronde.
Entre janvier et septembre 2020, nous nous sommes lancées dans des échanges de mails, de matériels, appels vidéos - jusqu’à épuisement (du crédit).
Octobre 2020 marque la première rencontre en chair et en métal.
C’est la naissance de Vous revoir.
Vous travaillez sur votre première création Very Soft Ware.

Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
L’ensemble de ce projet s’est constitué autour du cerceau. Un agrès assez fragile dans le paysage du cirque avec beaucoup de stéréotypes qui lui collent au métal. Le paradoxe, c’est de ne pas en faire le sujet au centre cette création. Vous revoir grandit autour des histoires et des mythes qui nous ont construites toutes les cinq. C’est le moment où l’on décide de se positionner ou parfois de douter franchement. De reprendre les fins, heureuses et tristes et les faux départs qui attendent juste qu’on écrive la suite de l’histoire. Alors c’est tout ça et c’est surtout fragmenté. C’est un peu un recueil de contes. De contes de cirque. De contes ET de cirque.

Pouvez-vous nous parler de votre approche du cirque avec les autres arts dans votre travail ?
Il est ressorti de notre rencontre que pour cette création nous aurons besoin de cirque et de fiction. C’est en tous cas les deux éléments qui nous semblent immiscibles au début de cette création pour les raisons suivantes :
De la fiction, elle nous aide à idéaliser, réécrire, inventer, proposer, soutenir de nouveaux récits. C’est la vie et encore plus, ou différemment. Nous croyons fort que les utopies inspirent la vie. Les savoir-faire de chacune, en bricolage, musique, tango, gymnastique rythmique et autres viendront principalement servir la fiction, les récits qui prennent place sous notre portique-cabane.
Du cirque, il nous sert à garder un pied sur la piste dans le monde réel et présent. Une vrille sur un cerceau ne ment pas. Ici le cirque est fait d’actes qui suspendent la fiction. Il nous ramène un moment à la réalité. Il nous accroche à vous, vous à nous. Nous vivons le même moment non fictif. La vie elle-même !

Vous avez créé une structure unique afin d’accrocher vos agrès. Comment est née cette volonté de réaliser cette construction ?
Nos cerceaux sont un peu sauvages. Ils sont incapables de garder une face, ils vivent au bout d’une corde où ils se laissent bercer par la gravité à 360 degrés. C’était alors évident pour nous de penser le spectacle en circulaire. Tant qu’à être en circulaire, à être vu de partout, pourquoi ne pas aller VRAIMENT partout ?
Notre petite cabane (qui grimpe jusqu’à 6m50 de haut quand même) est une structure autonome, elle se pose partout et abrite notre monde de cerceaux. C’est comme une petite cuisine très confortable si vous voulez, avec des rideaux de grand-mère et à ciel ouvert.